2016 : un garçon qui rêvait de la mer
Bien avant que je rencontre Romain, il s’est mis en tête d’acheter un voilier pour y vivre. Le 21 mars 2016, c’est chose faite. Le bateau, un voilier en aluminum de 25 pieds (7,60 m), se trouve au cap d’Agde. Très vite, la capitainerie lui demande de libérer la place. Il faut amener le bateau à Cassis, où Romain compte faire la saison en restauration.
Pour faire le convoyage, il demande à son ami Driss de l’accompagner. La météo annoncée n’est pas clémente. La réalité est bien pire que les prévisions : ils affrontent ensemble une tempête de force 9 (l’échelle de Beaufort s’arrête à 12…) et mettent 34 heures pour faire 100 milles nautiques (185 km). Ils arrivent secoués, épuisés et gelés, mais sans casse majeure.
Romain s’installe alors au mouillage dans le cadre idyllique de la calanque de Port-Miou, près de Cassis. Il vit à bord, se rend au travail en kayak et, lors de ses jours de repos, part régulièrement naviguer à la journée, seul ou accompagné.
Après un an et demi, le voilier est mis au port à sec de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Romain démarre quelques rénovations avec l’aide de son ami marin, Séb du Sud. Il veut repeindre la coque, refaire l’intérieur. Il se rend sur le chantier de temps en temps, quand son boulot le lui permet.
Puis un nouveau travail l’amène à s’installer en Bretagne en 2019. Le voilier l’attend sagement en Méditerranée, sous la surveillance de Séb du Sud.
Juin 2021 : l’épopée jusqu’en Bretagne
Dans le Morbihan, Romain continue de penser à son bateau, qui végète sur un terre-plein du sud. Il faudrait le ramener sur place pour continuer les travaux. Et trouver du budget pour tout cela. Il me propose alors de lui racheter la moitié des parts du bateau.
« Imagine, un petit voilier pour faire des sorties sur l’eau dans le coin. Il suffit juste de faire quelques travaux, trois fois rien, et pouf, c’est parti ! »
Il ne me faut pas longtemps pour accepter de rejoindre l’aventure. Le convoyage pour ramener par la route le voilier de Port-Saint-Louis-du-Rhône à La Trinité-sur-Mer s’organise, même si le budget est limité. Au final, le voyage simple et sans accroche prévu se transforme en véritable épopée : camion en rade, voilier perdu au milieu du Larzac, attaque de moustiques, évasion clandestine d’une aire d’autoroute… et bien d’autres péripéties que l’on raconte dans une série de 3 articles.
Malgré toutes les difficultés rencontrées en chemin, le bateau parvient finalement à bon port, c’est-à-dire au hangar de notre ami Basile, à La Trinité-sur-Mer. Les travaux de rénovation peuvent commencer.
2021 : le début des travaux
La coque a déjà été partiellement poncée (ce qui n’est pas rien), et à l’intérieur, la pointe avant est recouverte de primaire (première couche avant la peinture). Sinon, le bateau est dans son jus : meubles en bois, lambris, matelas, vaisselle qui traîne, affaires éparpillées çà et là…
Vous voyez ce genre de scène de films où une trentenaire, qui sort d’une rupture et vient de quitter son taf super bien payé à New York, plaque tout pour rénover toute seule la maison héritée d’une vieille tante au fond du Nevada ? En général, elle noue un foulard dans ses cheveux et porte une salopette, sur un fond de musique galvanisant.
Eh bien, on était un peu dans cet état d’esprit, débordant de motivation et… il faut bien l’admettre, de naïveté ! On s’est donc lancés avec entrain dans le démontage intégral de l’aménagement intérieur, bien décidés à tout refaire en mieux nous-mêmes. Et vas-y qu’on jette par-dessus bord les meubles au vernis esquinté, les matelas de couchette aux housses défraîchies, la vaisselle en plastique dépareillée !
Une fois complètement à nu, on peut commencer l’étape du ponçage, intérieur et extérieur. Et c’est parti avec la ponceuse orbitale, la ponceuse vibrante, la meuleuse, la ponceuse triangulaire… La peinture marine, je peux vous dire que ça accroche sacrément, et qu’il faut y aller pour mettre la coque en aluminium à nu. D’autant plus que rien n’est droit dans un bateau, et que les outils sont constamment gênés par des renfoncements, des angles, des cornières, etc.
Après plusieurs semaines d’acharnement, à rentrer chaque soir couverts de poussière d’aluminium (effet teint brouillé garanti) et perclus de courbatures, le gros du ponçage est fait. Mais on est loin d’avoir terminé. Les petits recoins prennent au moins autant de temps que les grandes surfaces.
La motivation des débuts commence à s’estomper. Et puis, on fait ça les soirs et les week-ends, à côté de nos jobs respectifs, qui sont tous les deux très prenants. Les sessions de travaux s’espacent. « Non mais ce week-end, on se repose. » devient notre phrase favorite.
2021 – 2024 : retour à la réalité
Nos vies professionnelles sont de plus en plus intenses. Pour Romain, qui œuvrait depuis 2016 avec passion comme bénévole puis salarié pour une association environnementale, la situation au travail se dégrade jusqu’au point de non-retour : burnout, arrêt maladie de huit mois, hernie discale. Moi, j’ai un job passionnant, une boss et des collègues adorables. Mais ça n’empêche pas que je m’implique corps et âme dans mon travail, et que je passe des journées entières derrière mon ordinateur.
Tout cela nous fait remettre en perspective nos projets, nos envies, et notre mode de vie. Travailler comme des acharnés la semaine, et faire des travaux le soir et les week-ends, ce n’est pas un rythme de vie réaliste. Travailler jusqu’à 65, 70, 75 ans et attendre la retraite pour profiter, qui croit encore à ça ?
En parallèle, notre engagement associatif et militant (écologie, droits sociaux) essuie plusieurs déceptions. Trop d’énergie pour trop peu de résultats. Trop de désillusions, de sentiment d’impuissance à pouvoir faire une différence.
Alors on se dit qu’on peut au moins tenter de réaliser nos rêves de voyage, de choisir un mode de vie plus sobre et plus libre, de ralentir et de vivre avec les éléments. L’aventure prend une autre tournure : plus qu’un simple loisir, le voilier deviendra notre maison.
Une évidence s’impose : si on veut aller au bout de notre projet, il faut s’y mettre à plein temps. Romain sort de son arrêt maladie, et j’obtiens une rupture conventionnelle. On liste en détail tous les travaux à réaliser, on les pose sur un calendrier, on réalise un budget. On se donne un an et demi et on estime le coût des travaux à 45 000 €. On travaille à un équilibre financier pour pouvoir rénover puis partir en voyage.
Le projet reste ambitieux, mais cette fois, il est réaliste. La motivation revient et c’est dans cet esprit qu’on reprend les travaux au printemps 2025. En janvier 2026, une partie du chemin est déjà parcourue :
- La fin du ponçage (avec l’aide de Mr Gwen)
- Quelques points de soudure sur la coque (avec l’aide d’Etienne, de Chaoudouron)
- La construction d’une cabine de peinture dans le hangar (avec l’aide de Alain)
- Le déplacement du bateau à l’intérieur du hangar (avec l’aide de Alain)
- La construction d’un escalier pour monter/descendre du bateau (avec l’aide de Alain)
- La peinture du pont et de l’intérieur du bateau (avec l’aide de Yann)
- La commande et pose de l’accastillage (en cours, avec l’aide de Laurent de Harken)
- La rénovation du mât (en cours, avec l’aide de Christophe de Technique Gréement)
- Le début du placage bois à l’intérieur du bateau (avec l’aide de Alain)
- La conception d’un portique arrière pour porter des panneaux solaires (avec l’aide de Jules)
- Le listing et la création du réseau électrique et électronique à bord (avec l’aide d’Antoine de Pat’Elec)
- La réalisation du site web et du blog
















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