Convoyage 1/3

Convoyage (1/3) ● Bienvenue dans le Sud !

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Cette série de 3 épisodes raconte nos péripéties pour ramener par la route notre voilier de la Camargue à la Bretagne. Découvrez ici la première partie de cette aventure mouvementée, des préparatifs du voyage à l’arrivée dans le Sud.

Préparatifs & début des imprévus

Mai 2021. C’est l’heure des préparatifs. L’objectif : se rendre à Port Saint Louis du Rhône, en Camargue, pour aller chercher notre voilier So Fabbulus qui patiente au port à sec. Puis le ramener à la Trinité-sur-Mer, en Bretagne, par la route. Romain planifie tous les détails du voyage depuis des semaines :

  • Louer une remorque adaptée pour un bateau à quille
  • Trouver un véhicule capable de tracter la remorque et les 1,7 tonne de notre bébé en aluminium
  • Trouver un chauffeur avec permis remorque valide
  • Organiser les grutages du bateau au départ et à l’arrivée
  • Savoir comment transférer le voilier de la remorque de location à un autre support
  • Avoir un lieu de stockage en Bretagne
  • Réunir les fonds pour financer l’expédition…

Bien sûr, avec plus de budget, on aurait pu prendre un transporteur. Mais ça aurait été trop simple… Heureusement, on a la chance d’être bien entourés : plusieurs ont participé à la cagnotte d’anniversaire de Romain pour financer une partie de l’expédition. Merci à eux !

On peut aussi compter sur Basile, qui nous prête un terrain et une remorque-ber pour stocker le bateau à l’arrivée, et qui peut gérer le grutage pour le transfert du bateau d’une remorque à une autre. Yvan nous propose son Touareg 4×4 pour tracter le bateau. Gwenegan, frère d’une amie et routier de profession, accepte d’être notre chauffeur. Reste à trouver une remorque de transport. Sur toute la France, un seul professionnel en propose une adaptée à notre voilier : SpeedNautic, à la Rochelle.

Quinze jours avant le départ, Gwenegan nous appelle, il s’est cassé le bras. Plan B : Séb, rencontré un jour en covoiturage, accepte de conduire un convoi de 17 mètres pour des gens qu’il connaît à peine.

La veille du départ, je prépare de quoi manger sur la route pour les trois prochains jours : quiche, saucisses-lentilles, salade de pommes de terre, gâteau au chocolat, pain maison, fromage, café… Le timing sera serré, on ne prendra pas l’autoroute : il faudra être autonomes.

Deuxième coup de fil : suite à un accrochage, le Touareg est au garage pour réparation. Il faut trouver un autre véhicule en moins de 24 heures. On y arrive. De justesse.

Mardi 8 juinJour 1

Malgré ces imprévus, nous voilà prêts à partir mardi matin. Direction le petit village vendéen où habite Séb, notre nouveau chauffeur.

La Rochelle : opération remorque

15h. On reprend la route sous un temps estival. En fin d’après-midi, on arrive à La Rochelle chez le loueur. L’employé sort la remorque et commence l’inspection :

— Bon il manque un feu de gabarit. Mais c’est pas grave. Vous roulez pas de nuit de toutes façons ?

— Si justement, on va rouler toute la nuit.

— Ah…

Il continue ses vérifications.

— Vous allez pas trop loin ?

— Port-Saint-Louis-du-Rhône, en Camargue.

— Ah, quand même…

Et encore :

— Ah au fait, il manque une cale. Mais c’est pas gênant, vous allez tracter gros ?

— Ben, un voilier de 7,60 mètres et 1,7 tonne.

— Ah oui, je vois…

Les feux arrière ne s’allument pas. On démonte la prise : tout est oxydé par l’eau de mer. Séb s’arme d’un tournevis et d’une bombe de dégrippant WD40 emprunté au loueur et mène sa propre inspection, découvrant au fur et à mesure l’ampleur des dégâts.

L’ensemble des feux du côté gauche ne fonctionne plus, sur la remorque, mais aussi sur le fourgon. Tous les faisceaux et les fusibles du camion sont contrôlés, les feux arrière sont changés. On rebranche. Cette fois, c’est tous les blocs feux qui ne marchent plus…

Ils sont maintenant 4 mecs le nez dans la boite à fusibles. Le patron arrive, observe rapidement la scène, lâche :

— C’est p’têt une boîte de fusible spéciale remorque qui a sauté.

Puis il monte dans sa voiture et se barre.

On a tout testé. Mais d’un coup, le côté droit se met à fonctionner de nouveau (les voies de la mécanique sont impénétrables…). Solution provisoire : on branche les feux de gauche sur le côté droit. Les feux de gabarit (ceux situés sur les côtés pour voir le « gabarit », c’est-à-dire la largeur de la remorque) ne donnent toujours pas signe de vie.

C’est à ce moment-là qu’on comprend que ce voyage ne sera pas un long fleuve tranquille… Ou selon la formule du navigateur et poète Jean Le Cam : « ça allait pas glisser comme un pet sur un ciré ».

La nuit, tous les camions sont gris

19h30. On repart avec un ensemble de 17 mètres de long. On traverse une campagne vallonnée à la recherche d’un endroit pour manger. Séb recule le convoi dans un chemin agricole comme s’il garait une Twingo. On dîne assis sur les garde-boues, face au soleil couchant.

Quelques kilomètres plus loin, arrêt pipi. Séb pulvérise encore du WD40 (qu’il a discrètement embarqué avec nous) dans la prise et miracle : les feux de gabarit s’allument. Il fait nuit désormais. Nouvelle surprise : le commodo (la manette près du volant qui contrôle les feux) est cassé. Pour avoir les pleins phares, il faut tenir la manette en même temps que le volant.

Vers la Corrèze, Séb fatigue. Il se cale dans son hamac installé à l’arrière du Transit et Romain prend le volant. Puis c’est mon tour, vers Rodez. Théoriquement, on n’a pas le permis adéquat, mais si on veut arriver dans les temps, on n’a pas vraiment le choix. C’est ma première fois avec une remorque. Prudente, j’y vais doucement. Très doucement, apparemment, car c’est le deuxième semi-remorque qui me double…

T’inquiète pas, ça sera que de la ligne droite, me dit Romain.

En réalité, on est dans les virages en épingle de l’Aveyron. C’est la partie du trajet la plus sinueuse. J’ai les yeux rivés sur les rétros en priant pour ne pas accrocher la remorque.

Mercredi 9 juinJour 2

Au petit matin, je termine ce drôle de baptême par un demi-tour raté sur un parking : pare-chocs du fourgon contre barre de roue de la remorque. Ça réveille Séb, frais et dispo pour reprendre le volant.

Instant perché et quête de caféine

6h à peine. Le jour n’est pas encore levé, l’aire du Viaduc de Millau est en vue. On rêve tous d’un café bien chaud, mais l’aire est fermée. Il faut se satisfaire d’un fond de café froid dans le thermos. On grimpe au sommet d’un promontoire au moment où les premiers rayons de soleil inondent la vallée surplombée par le viaduc.

Plus loin sur la route, on guette un café ouvert, mais les villes que l’on traverse sont toutes désertes. Pas moyen de trouver quelque chose avant Port-Saint-Louis-du-Rhône, où l’on tombe enfin sur une terrasse servant la précieuse caféine ! On en est à la troisième tournée d’expressos quand le deuxième Seb de l’aventure arrive : Séb du Sud.

Lever de soleil sur le viaduc de Millau

Sea, guêpes & sun

L’équipe au complet et pleinement réveillés, nous arrivons au port Navy Service. Très vite, la température monte au milieu de ce parking géant goudronné et sans végétation. Le bateau est là, au milieu du plus grand port à sec d’Europe.

Très vite, on découvre des passagers clandestins à bord : deux nids de guêpes se sont logés dans les coffres arrières. Les Sébs s’en occupent pendant que Romain et moi nous rendons à l’accueil régler les dernières formalités et confirmer l’horaire de grutage. A notre retour, problème réglé : ils ont enlevé les nids à mains nues, et sans aucune piqûre !

Mais tandis qu’on fait un peu de rangement dans le bateau sous un soleil de plomb et que Séb tente de résoudre les problèmes qui subsistent sur la remorque, on se fait dévorer par ce que Séb du Sud appelle les « niakniaks », des mouches aussi petites qu’agaçantes qui laissent de petites marques rouges là où elles piquent. Elles sont épaulées dans leur mission par leurs amis, les moustiques tigres.

Port Saint Louis du Rhône - port à sec
Port Saint Louis du Rhône - port à sec

Grutage du bateau

14h30. Le bateau est amené sous la grue et s’envole bientôt dans les airs. La tension est palpable. La moindre erreur pourrait coûter cher. Le bras avant de la remorque qui doit retenir le nez du bateau est tordu et ne se positionne pas comme prévu pour retenir la charge en cas de freinage.

Les Sébs, nos rois du système D, se servent d’une cale en bois trainant par terre pour maintenir le tout. L’ensemble est sécurisé par de grandes sangles qui ceinturent le bateau sur la remorque. Un employé lâche :

— Bah j’espère que ça va tenir, leur truc. À leur place, j’traverserais pas la France comme ça…

feux de remorque & sapin de noël en camargue

N’étant pas de grande utilité durant cette opération, j’ai pour mission de trouver un magasin aux alentours qui pourrait nous fournir des feux de remorque magnétiques sans fil. Comme le système électrique de celle-ci est toujours foireux, il faut trouver une alternative pour la route de nuit qui nous attend. Je finis par localiser un magasin de matériel agricole à Arles, à 45 minutes de route.

17h. Je me débrouille pour trouver une voiture et embarque Séb avec moi direction Arles, à l’heure où tout le monde sort du travail. Le vendeur, plutôt habitués à vendre des tracteurs et autres engins agricoles, trouve notre situation assez inattendue, mais fait tout son possible pour nous aider. Malheureusement, son kit ne peut pas résoudre notre problème.

On tourne nos derniers espoirs vers Gifi et Action, situés non loin de là, d’où l’on ressort avec un joli stock de petites lampes LED autoadhésives à piles, ainsi que des éclairages pour vélo. Valeur totale : 21,42 euros.

De retour au port, les autres nous regardent, dubitatifs. Séb installe tout sur la remorque et les flancs du bateau.

Le jour tombe. On profite des douches du port pour faire une toilette rapide, puis on grignote un bout avant de dire au revoir à Séb du Sud. C’est l’heure de reprendre la route.

Les paysages camarguais défilent par la vitre. Au bout d’un moment, Séb gare le convoi sur le bas-côté pour vérifier les sangles et les feux. Nos loupiotes fonctionnent à merveille, on dirait un véritable sapin de Noël en aluminium !

Très vite, on comprend qu’on n’est pas seuls. Une armée de moustiques est en train de nous attaquer. Romain, parti un peu plus loin se soulager, revient au pas de course.

— Faut qu’on se tire tout de suite !

On repart en vitesse, vitres grandes ouvertes pour mettre en fuite les derniers attaquants. On passe la demi-heure suivante à se gratter de la tête au pied. Au loin, le ciel est menaçant, et le grain finit par nous rattraper. On prie pour que nos lampes absolument pas waterproof résistent à l’eau.

Un convoi très exceptionnel dans le centre-ville de Montpellier

A la limite du convoi exceptionnel (2,65 mètres de large), sans connaitre notre hauteur exacte et hors autoroute, il est crucial d’emprunter un itinéraire sans obstacle (pont, tunnel, etc.). On est équipé d’un gyrophare à brancher sur l’allume-cigare pour les passages difficiles, et on suit un GPS spécial poids lourds, qui nous mène tout droit… dans le centre-ville de Montpellier.

Waze dit tout droit.

Google Maps dit à gauche.

Tu as coché l’option « sans péage » ?

On va finir dans un tunnel…

On tente de retrouver l’itinéraire de l’aller. Cela nous amène à un rond-point en dévers suivi d’un passage sous un pont. Je visualise déjà le voilier planté entre le giratoire et l’arche, mais ça passe ! On réussit à rattraper la bonne route, traversant villages étroits, ponts serrés, virages improbables. Le gyrophare est régulièrement de sortie. Séb est impérial.

On fait le plein à Nîmes

On file maintenant dans la nuit, avec un bateau sur une remorque bricolée, des feux à piles et un GPS qui veut nous faire passer en centre-ville. On pense avoir passé le plus dur, mais on se trompe… La suite dans la partie 2 !

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